FRENCH TECH : interviews improbables de 50 entrepreneurs sur leurs aventures

Gaillard d’avant vous propose dans cette rubrique une fois de plus des rencontres improbables pour vous permettre de tirer vos propres enseignements de parcours spécifiques

Vous rêviez de rencontrer en une seule fois de nombreux porteurs de projet « French Tech » ?

Je vous en offre la possibilité grâce au travail réalisé par Anne Sophie Frenove et Emmanuelle Flahaut Franc dans leur livre « into the french tech -50 entrepreneurs coachent votre start-up** », dont je vous conseille la lecture.

Ce livre raconte leur grande plongée dans ce monde des start-ups, gazelles ou autres entreprises de croissance. (*cf. en fin d’article présentation de leurs parcours respectifs ). Je les remercie de m’avoir permis de pouvoir relater ici quelques passages du livre concerné.

Interrogeons ensemble ces forces vives qui s’expriment cash dans ce livre (interview librement inspirée de ce recueil de témoignages***) et qui faisaient aussi fortement écho à mes propres vécus d’accompagnement en matière d’accélération et d’innovation.

Pour commencer ces échanges, pourriez vous nous expliquer ce qu’est exactement un entrepreneur au sein de cette fameuse French Tech ?

Un entrepreneur French Tech est d’abord quelqu’un qui doit avoir une sorte de foi , de conviction inébranlable dans ses capacités à créer de la valeur sur son marché et qui s’attache à développer une sorte d’aventure unique qui consiste à :

  • créer des solutions pour régler des problèmes, divertir ou encore partage de l’information dans le monde entier et avec le monde entier
  • développer une passion forte pour l’innovation sous toutes ses formes
  • avoir une soif sans limite d’apprendre en gardant beaucoup d’humilité.

Comment démarre en général cette aventure ?

Souvent par une intuition. Cette intuition se nourrit d’une observation d’un besoin sur un marché précis ou sur leur envie de régler un problème précis, vécu parfois directement par eux même ou issu d’une observation. A partir de cette intuition, l’entrepreneur imagine une offre pertinente, efficace et novatrice ou apporte une solution concrète aux personnes qui subissent le problème évoqué.

Comment fait-il partager cette aventure à son environnement ?

Au-delà de la technique, il faut bien connaître ses clients et s’assurer de leurs besoins pour construire des solutions simples et rapidement mettables à disposition (en ligne ou ailleurs), ce qui leur permet de « vivre » une expérience. Pour convaincre , il faut arriver à présenter un produit ou un service simple compréhensible avec un design proche du définitif intégrant déjà toutes les fonctionnalités qui différencient vraiment le produit.

Il doit aussi arriver à générer le bouche à oreille en étant malin plutôt que riche pour co-construire au fur et à mesure l’histoire de son projet et convaincre notamment les sceptiques.

Mais la plupart du temps, le point le plus difficile reste pour l’entrepreneur d’arriver à se convaincre lui-même.

Est-ce que l’image du professeur nimbus homme chauve avec un seul cheveu en forme de point d’interrogation et des lunettes rondes est un obstacle?

Il y a deux grands types de porteurs : celui qui parle toute la journée de son projet à tout le monde ou celui qui développe son projet dans son coin. Il n’y pas de profil type pour réussir, cela dépend du type de projets ou d’aventures à mener. Les deux en l’occurrence fonctionnent.

Seul , on doit assurer tout seul, à plusieurs, on doit faire plus de compromis. s’entourer est important ainsi qu’être à l’aise avec la culture que l’on souhaite insuffler.

Quel type de culture est utile au début de l’aventure? il faut arriver à insuffler une culture de la débrouillardise (culture of zéro).

Être ouvert ne suffit pas, il faut en faire un vrai élément de la culture.

Et quels sont les obstacles ou facilitateurs sur les différentes étapes de cette aventure?

Financer son projet est une étape importante. « Un investisseur n’est ni un bras droit ni une Pom Pom girl », il ne doit pas prendre la place de pilote mais peut contribuer fortement à la réussite du projet.

Un investisseur investit avant tout dans une équipe d’hommes et de femmes qui maîtrisent un sujet précis.

Il est toujours plus facile de le convaincre si on investit un peu de son propre argent dans le business pour développer la confiance.

Certains entrepreneurs considèrent que ne pas lever de fonds trop tôt permet de rester connecté à la vraie vie et dans ce cas tu es très réaliste. Cela permet aussi de consacrer son énergie sur les clients.

La collecte de fonds en bourse oblige le fondateur à du jour au lendemain être capable de dire ce qu’il ou elle va faire chaque jour, chaque semaine, et de pouvoir comparer ses réalisations avec ce qu’il ou elle avait prévu et communiqué de faire.

Une fois les décisions sur le financement prises , l’étape « grandir » est ensuite la plus compliquée.

En quoi grandir est-il difficile ?

Sur le plan du Business Model, « le concept n’est pas la clé du succès, tout se joue dans l’exécution » .

Il est vrai que la plupart des services digitaux (et s’ils ne sont que digitaux) que vous utilisez ont un ou plusieurs concurrents mais chaque utilisateur à son service préféré. En terme d’évolution, selon certains entrepreneurs , il faut mieux savoir développer son site en interne pour maîtriser la production et l’adaptation au fur et à mesure. Ce qui est sûr est que la maîtrise des ressources technologiques est clé. Dans les plate-formes digitales la qualité du développement = la qualité de l’adaptation ensuite et la facilité des processus de travail en regard.

Sur le plan humain, l’organisation mise en place doit permettre à chacun doit avoir une contribution spécifique au projet et il est nécessaire de développer sa capacité à prendre en compte les idées des autres.

Faire grandir le projet, cela veut dire attirer les bons talents et créer une véritable équipe fonctionnelle.

Il faut choisir des compétences, des aptitudes personnelles et faire barrage à tout ce qui peut limiter les actions et les marges de manoeuvre au sein de l’organisation. Dans les choix humains faits, il faut accompagner les équipes et ne pas oublier de « privilégier les besoins de votre entreprise par rapport aux envies personnelles de chaque salarié » tout en favorisant une culture bienveillante et ouverte.

La vraie contrainte pour le ou les entrepreneurs est d’attirer sur des fonctions qu’il (s) ou elle(s) ne maîtrise pas toujours, sans une organisation au départ véritablement en place. Parfois des compétences techniques ne valent pas de bonnes valeurs partagées par une équipe. Il faut pouvoir évaluer ce qu’ils ou elles savent faire plutôt que ce qu’ils ou elles disent.

Vous ne pouvez grandir sans que l’équipe qui constitue l’entreprise soit alignée sur les valeurs, développer sa capacité à travailler ensemble et mette leurs compétences complémentaires au service du projet. « Si tu as une super idée et qu’elle passionne l’équipe, tu peux aller au delà des divergences personnelles » et sortir du débat par le haut.

Il faut avoir la capacité à générer des story telling qui créent des repères dans lesquels les équipes se retrouvent.

La start-up au fil du temps devient aussi presque pour les fondateurs une extension d’eux même, ce qui peut constituer parfois un frein à la croissance.

Comment le ou les entrepreneurs peuvent supporter tous ces éléments et ces étapes ?

Effectivement , un entrepreneur est aussi un peu « schizophrène » : il doit résoudre à la fois les problèmes difficiles du quotidien mais aussi se concentrer sur ce qui fonctionne pour faire grandir le projet et embarquer les équipes.

Il doit de fait rechercher un projet qui lui corresponde pour incarner véritablement ce projet. L’autre qualité indispensable pour supporter comme vous dites l’aventure est de savoir développer une qualité essentielle la modestie , tout en gérant bien la communication. Il ou elle doit aussi choisir avec soin ses co-fondateurs.

Dans tous les cas, il vaut mieux en se lançant dans l’aventure ne pas être indifférent au sujet qui va devenir le « centre » de ta vie pendant plusieurs années .

Certains disent que « ça demande tellement d’énergie de lancer quelque chose que si on en est pas amoureux cela ne marchera pas » , « il faut pouvoir déplacer des montagnes ».

et un dernier conseil pour la route ?

Au delà du projet en lui même, il est important de bien bâtir son organisation. Objectif prioritaire : être « une structure efficace, humaine et adaptable ».

Le souci est que s’offre aux entrepreneurs une infinité de possibilités dans une sorte de jeu de construction où si une pièce bouge, l’ensemble bouge.

Pour s’en sortir, la capacité à se coordonner avec d’autres, à savoir s’appuyer sur des regards externes bienveillants pour aider à réaliser les adaptations. Cela permet de sélectionner la bonne option pour réussir et co-créer des histoires qui projettent les équipes vers le futur. Ce dernier point semble pour beaucoup d’entre eux plus clé que la stratégie elle-même.

Merci à vous pour ces témoignages forts et sincères, je vous souhaite de bons développements et surtout du FUN dans la suite de vos aventures.

  • Anne-Sophie l’une des deux co-auteures a bâti sa carrière en Irlande, en Angleterre puis en France et aux Etats-Unis à la direction du Marketing et du Business development chez Samsung, HTC et Airbnb pour l’Europe. Anne-Sophie Frenove est co-auteure de l’ouvrage « Into The French Tech », membre du Choiseul 100 et elle siège également au conseil d’administration d’ADEO du groupe Mulliez.

  • Emmanuelle Flahaut Franc, l’autre co-auteure a rejoint Iris Capital après avoir travaillé chez BFM BUSINESS. Elle connaît bien la French Tech en tant que Responsable communication chez Google, en charge des relations publiques et des événements pour YouTube, Android, les programmes développeurs et la stratégie commerciale. Chez Ubisoft, elle avait pour tâche d’amplifier les événements internationaux auxquels Ubisoft participait auprès de ses communautés et partenaires. De plus, elle a également être chargé de la communication d’Airbnb en Europe du Sud et francophone, ce qui lui a permis d’échanger avec Anne Sophie Frenove.

** la Mission French Tech (évoquée dans le titre) a labellisé sur tout le territoire des métropoles dites « French Tech » , dont notamment Lille. Cette initiative constitue un fonctionnement originale en réseau autour du déploiement d’une marque pour fédérer sous son nom de nombreuses initiatives autour de l’innovation, l’incubation et l’accélération de « jeunes pousses ». Chacune mobilise autour d’elle des acteurs privés et publics, ainsi que des entrepreneurs, pour créer et animer un écosystème à l’échelle d’une ville ou d’un bassin économique.

*** les textes sont inspirés à 100% des textes originaux mais parfois les phrases ont été légèrement adaptées ou complétées pour tenir compte du contexte. l’auteur a juste ajouter des mots de liaison, adapter ou compléter les tournures de phrase sans en changer le sens. Les noms des auteurs ne sont pas indiqués derrière certaines des citations reprises ici mais les références du livre permettent facilement d’en retrouver l’origine parmi les 50 entrepreneurs qui ont participé à ce livre. (liste en fin de l’ouvrage).

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